Jour du Seigneur (with English translation)

Un matin de pluie.

Une rue vide de pas,
Pleine de voitures stationnées au bord du trottoir.

Sur la place, un petit café, plein de buveurs ce dimanche matin,
Comme tous les dimanches passés,
Comme tous les dimanches qui viendraient.

Un café plein de gens qui ne vont pas à la messe.
Pas assez de vin à l’église, évidement.

Une seule femme au milieu de dix hommes soûls.

Elle est assise à côté de la fenêtre, près de la porte,
Prête à se lever.
Un verre de vin rouge à la main,
Elle regarde les voitures qui passent sous la pluie.
Ces voitures pleines de gens qui ne s’occupent pas de ce petit café,
Ni de ces gens qui boivent si tôt de ce matin de pluie.

De temps en temps, la femme regarde le barman du coin de l’oeil.
Elle le regarde d’un air détaché,
Et le sourire juste au coin de sa bouche grise le barman.
Il approche la table, bouteille à la main,
Et il remplit le verre jusqu’au bord.
“Tournée du patron,” il dit à chaque fois,
En espérant qu’elle lui jettera un deuxième regard.

Chaque fois,
Le barman,
Les campagnards bourrés à onze heures du matin,
Ils pensent tous à la même chose au même moment,
Et ils arrêtent de rire.
En silence, ils regardent cette femme,
Qui boit ce vin rouge,
Verre après verre,
Et chacun rêve à toucher ses lèvres,
Ses lèvres mouillées du vin rouge.

Une scène hebdomadaire.

Cette femme, au milieu des hommes ivres de bière,
En attendant quelqu’un.

À côté de la fenêtre,
Près de la porte.

En regardant les voitures qui passent dans la rue,
Et les mégots jetés sur le trottoir, mouillés de la pluie.

Peut-être c’est un homme qu’elle attend,
Une personne qu’elle n’a jamais connu,
Mais qu’elle connait dans son coeur.

Peut-être elle boit pour oublier,
Et rien d’autre.

Peut-être aussi, elle est là chaque dimanche matin,
Un verre à la main,
Juste pour les verres de vin qui ne cessent jamais de venir,
D’un barman qui ne cesse jamais de rêver d’une chose qui n’arrivera jamais.

 


The Lord’s Day

A rainy morning.

A street empty of footsteps,
Full of cars parked at the curb.

In the town square, a small café, full of morning drinkers.
Like all the Sundays before,
Like all the Sundays to come.

A café full of folks who don’t go to Mass.
Not enough wine at church, of course.

A single woman in the midst of ten drunk men.

She sits next to the window, near the door,
Ready to leave without notice.
A glass of red wine in her hand,
She watches the cars that pass by in the rain.
Cars full of people who give no thought to this small café,
Nor to these folks who drink so early on a rainy morning.

From time to time, the woman looks at the bartender from the corner of her eye.
She looks at him with an air of indifference.
And the smile at the corner of her mouth intoxicates the bartender.
He comes to the table, bottle in hand,
And he fills the glass to the brim.
“On the house,” he says each time,
Hoping that she will give him a second look.

Each time,
The bartender,
These country men, plastered at eleven o’clock in the morning,
They all think of the same thing at once,
And they stop laughing.

In silence, they watch this woman,
Who drinks this red wine,
Glass after glass.
And each one dreams of touching her lips,
These lips wet with red wine.

A weekly scene.

This woman, in the middle of men drunk on beer,
Waiting for someone.

Next to the window,
Near the door.

Watching the cars that pass by in the street.
Considering the cigarette butts tossed on the sidewalk, wet from rain.

Perhaps it’s a man who she’s waiting for,
Someone who she hasn’t ever met,
But who she knows in her heart.

Perhaps she drinks to forget,
And nothing else.

Perhaps also, she is there each Sunday morning,
A glass in her hand,
Just for the glasses of wine which never stop coming,
From a bartender who never stops dreaming of something that will never happen.